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Après coup...

Dernière mise à jour : 29 oct. 2020

La mer était devenue une obsession depuis un certain temps. À force d’en espérer l’impétueuse harmonie, j’en étais arrivé à chercher à l’atteindre par n’importe quel moyen. J’ai épluché tout ce que je pouvais comme annonce de recherche d’équipier pour des traversées moyennes à longues sur des sites spécialisés comme vogavecmoi.com ou bourse-aux-equipiers.com. J’ai écrit à plusieurs propriétaires : marins dans le Pacifique, familles en partance pour un tour du monde ou juste quelques étapes, convoyage de quelques jours… et il y a eu cette annonce qui semblait correspondre à la fois à mon niveau et mon envie : Ponta Delgada - Madère, bateau aluminium 12m, cherche équipier même débutant, traversée 4 à 6 jours suivant le vent… je me suis emballé et je crois que j’avais raison d’être enthousiaste.

La promesse d’un bout de transat avec de nouvelles têtes, le partage de moments intenses et d’autres plus cools, la solidarité des marins, la suite de l’apprentissage de la voile, les potentielles rencontres de cétacés, les visites des îles, bref ! Tout ce qui fait de la navigation hauturière une expérience forte et rare semblait devoir être au rendez-vous. C’est oublier que le monde, même celui des océans, est peuplé de toute sorte d’individus, pas toujours bons à fréquenter.


J'ai pensé tenir ce blog, jour après jour. Mais, à peine le test COVID effectué, tous les éléments se sont ligués pour, semble t-il, me faire passer un test de survie qui commença par un petit rhume, histoire de commencer à puiser dans mes ressources.


Il est des personnages dont on n’a pas envie de parler, parce que le simple fait de les évoquer met à l'épreuve nos sentiments. Il nous vient alors rapidement l'impression de perdre notre temps et celui de ceux qui écoutent. Le capitaine fut hélas de ceux-là (Je l'appellerai PM, car l'idée que je me fais d'un capitaine est très éloignée de lui).

PM a 62 ans, un âge où le caractère est forgé, où les convictions peuvent devenir des remparts. Quand à cet âge on se conduit comme il l’a fait, ce n'est pas dû au hasard et les circonstances atténuantes sont minimes. Je suis convaincu que toutes ses mesquineries, ses humeurs, sa pingrerie, ses petites lâchetés et son manque total d’empathie relevaient d’un réel choix, et probablement de la certitude d’appartenir à une caste supérieure, reléguant de ce fait les autres à l'état de petit personnel au service du maître à bord… à moins qu’on n’ait affaire là qu’à un simple connard, pervers narcissique et manipulateur, puisque c’est dans l’air du temps… Mais je n’en ferai pas plus sur cet individu, probablement le plus antipathique qu’il m’ait été donné de rencontrer.


À l’image de ce prototype de la méchanceté qu'il m'est arrivé d'appeler Papy Daniel, nous avons eu une météo caractérielle. Deux jours de pétole, quatre jours de gros temps avec des vents de force 6 à 8 avec des pointes à 9. Nous naviguions au près, donc face au vent, une allure très rude. Le mal de mer qui a découlé de cette combinaison stress/gros temps, m’a laissé une impression de long tunnel douloureux qui semblait ne jamais vouloir finir. Ce qui m’a permis de tenir, ce sont les deux équipiers qui m’accompagnaient. Tous deux dans la quarantaine, un gars et une fille qui se trouvaient dans la même galère, et qui ont mieux tenu le coup. Ils sont restés plus souvent debout, dans le bateau incliné en permanence entre 20 et 40°. J’avais du mal à me lever, m’alimenter. Le moindre effort semblait une épreuve, et je ne parle pas des besoins naturels si difficiles à contenter qu'ils ont failli me coûter un traumatisme, suite à un vol plané en tentant de baisser mon pantalon, qui m'a envoyé m'éclater à l'autre bord du bateau dans un placard en bois massif.

Alors que mon état empirait à cause de mes difficultés à m'alimenter et m'hydrater, la coéquipière m’a un peu requinqué en me préparant à manger et en suggérant que je prenne de l’eau en bouteille, car je ne buvais plus l’eau du bidon entreposé dans le carré à 23°. Ce geste bienveillant m’a fortement aidé à tenir et continuer à « assurer » mes quarts.

Les sensations de ces trois ou quatre jours se sont un peu dissipées. Il me reste le souvenir d’avoir mis mon corps et mon esprit en veille, par mesure de protection, en attendant que le mal-être cesse. Il m’a fallu plus d'une semaine pour retrouver un rythme à peu près normal.


Je n’ai pas vu grand chose de l’océan et je n’ai évidemment pris aucune photo dans les moments difficiles. Tout juste la force d’enclencher un enregistrement qui ne témoigne pas tout à fait de la rudesse des coups des vagues contre la coque et du déséquilibre permanent.


Je garde les souvenirs des dauphins les deux premiers jours, dans la pétole. Des ciels étonnants la nuit, pendant mes quarts, avec une lune qui s’amuse parfois avec les crêtes des vagues, parfois avec les nuages, dans une obscurité absolue. Et de l’eau. Des vagues trop fortes, des éclaboussures qui rendent un peu plus pénible les tenues de quart…

J’aurais aimé raconter un plus beau voyage. Ça sera peut-être pour une autre fois.

Cette fois-ci mes meilleurs moments étaient paradoxalement sur terre.

Je cherche malgré tout à nouveau à naviguer, car je suis certain que mon état a été dû à une suite de frustrations avec lesquelles je n'ai pas su composer. Je serai dorénavant très prudent sur le choix du capitaine.

mot de passe : blog


Et encore un peu de photos en vrac...

Dans le sens de la lecture :

  1. Des vaches aux Açores (Sao Miguel)

  2. Une maison à Ribeira Grande

  3. Une piscine naturellement chauffée (par les vapeurs volcaniques) aux Açores (Sao Miguel)

  4. la côte nord de l'ile de Santa Maria aux Açores

  5. Un arbre étonnant à Ribeira Grande (le même que précédemment en noir et blanc

  6. Le fameux "Doigt de Dieu" à Madère


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