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Premier post : Matin calme à Coal Harbour

Dernière mise à jour : 28 sept. 2020

Commençons avec une photo :

Un petit voilier sur un bras de mer à Coal Harbour, donc, près de Port Hardy (Colombie britannique), il y a quelques années, alors que j’étais en vadrouille, au Nord de l’île de Vancouver...

Voilier dans la brume à Coal Harbour, BC

La brume avait totalement occulté les montagnes autour. Le soleil menaçait à nouveau de se lever, et gâcher cette magnifique indécision picturale. Je m’empressais donc de shooter autant que je pouvais, depuis la rive du BnB où je séjournais (dolphin house, que je vous recommande, en passant).

Je n’avais pas le bon appareil, ni le bon objectif, mais je profitais de l’atmosphère "lynchienne" parfaite, que l’on rencontre souvent dans cette région. Un de ces précieux moments de la vie, les yeux et les poumons grand ouverts... je restais quand même à l’affût du moindre mouvement suspect sur la rive. Car cette heure fascinante qui dessine les premières silhouettes en défiant notre perception, c’est aussi l’heure que choisissent les ours pour rôder, à la recherche de leur pitance quotidienne.

D’une démarche nonchalante trompeuse, ils flairent les buissons au bord des routes ou les rives des lacs, des rivières et des criques, à l’affut de la nourriture providentielle. Idéalement un saumon ou un animal imprudent et plus rarement un randonneur malchanceux, ou encore un imbécile qui s'est aventuré un peu trop près... Peu d'ours sont prédateurs de l'homme (dans la liste des prédateurs de l'homme l'ours est bon dernier - le premier étant... tin tin tin... le moustique !), mais il arrive quand même qu'un ours attaque pour se nourrir et là, c'est pas choucard, comme dirait Arthur.

Donc, quand je voyageais dans l'Ouest canadien, je passais le plus clair de mon temps à éviter toute confrontation avec nos amis ursidés, et, pas plus ce matin-là qu'un autre, je ne souhaitais devenir la surprise bonus, offerte avec leur petit déjeuner, comme ces petits jouets qu'on trouvait autrefois dans les paquets de céréales.

L'île de Vancouver se situe à l'Ouest de... Vancouver. Au Nord-Ouest de Seattle (USA).
Le point jaune montre l'endroit où a été prise la photo

Mais je m'égare. Revenons à notre matin photo...

Une fois les points de vues épuisés et le soleil levé, je remontais donc dans la grande maison de cèdre, dominant la longue baie, pour me poser au chaud, devant un bon café nord américain, qu’on appellerait « infusion, saveur café » ici. Et je rêvais encore, le regard sur les monts dégagés, dominant le paysage parfait, sous les vrombissements réguliers des bateaux de pêcheurs et des hydravions.

Il y a des instants comme ça, justifiant presque à eux seuls le voyage, motivants d'autres envies de connexion avec les montages et les eaux, les arbres, les plaines et même les gens... toute autre entité que soi, en fait.


Et si je n'avais pas pris cette photo, me serais-je souvenu si précisément, dix ans après, de ce moment, au point de pouvoir presque en sentir la fraicheur humide sur mon visage et mes mains ? Le bout de mes chaussures trempé. Ces bois morts, sur la rive, sombres, inquiétants. Ce ponton qui tranchait la brume au loin. Et un doux sentiment de mélancolie, dans laquelle on a envie de se lover éternellement... Probablement pas.

Les photos semblent ancrer nos souvenirs et en faire ressurgir des détails qui n'apparaissent même pas sur le cliché. La photographie, ce n'est pas seulement regarder. C'est une petite trappe qui ouvre sur nos greniers émotionnels. On peut y voir ce que la faible lueur de notre subjectivité nous laisse voir.

Car on ne se souvient pas, on réécrit la mémoire, disait Chris Marker.







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